POLITIQUES PUBLIQUES · CAS AGENCE : PLAN DE MOBILITÉ RURALE
« Anticiper l'adoption d'un plan de mobilité partagée en zones peu denses sur 5 ans. »
Cas exécuté pour une agence régionale de mobilité face au déploiement d'un plan de mobilité partagée sur territoires ruraux.
LE CONTEXTE
Un plan structurant sur un territoire à faible propension au partage.
Une agence régionale de mobilité préparait le déploiement d'un plan de mobilité partagée sur les territoires ruraux d'une région française : covoiturage organisé, autopartage entre particuliers, navettes à la demande, aides à la mobilité électrique. Le budget prévu était de 82 millions d'euros sur 5 ans, avec un objectif d'atteindre 34 % de taux d'adoption des dispositifs partagés parmi les actifs ruraux à horizon 60 mois.
Le défi était structurel : les territoires ruraux concernés présentaient un ancrage historique fort dans l'auto-solisme (véhicule personnel unique par foyer ou par actif), avec des taux de covoiturage inférieurs à 3 % au démarrage. Les précédents dispositifs comparables déployés dans d'autres régions avaient rencontré des difficultés : surdimensionnement de l'offre par rapport à la demande effective, taux d'utilisation faible, coût par usager élevé.
La direction de l'agence régionale a mobilisé notre système pour tester différentes configurations de dimensionnement et de séquencement du dispositif, avec projection sur 5 ans des trajectoires d'adoption réelles par typologie d'actif rural.
L'ENQUÊTE
Trois insights qui ont recomposé le plan de déploiement.
L'adoption n'est pas linéaire : elle est par vagues déclenchées par des événements-signaux.
Notre système a identifié une dynamique structurelle de l'adoption de la mobilité partagée en territoire rural : elle ne suit pas une progression linéaire mais des vagues successives, déclenchées par des événements-signaux extérieurs au dispositif : hausse durable du prix des carburants, panne prolongée d'un véhicule personnel, fermeture d'un service local, arrivée d'un opérateur nouveau. Entre ces vagues, l'adoption stagne, quelle que soit l'intensité de la communication institutionnelle. La stratégie doit être calibrée pour absorber les vagues, pas pour promouvoir uniformément l'usage.
Un dispositif dimensionné pour 8 %, activable à 22 % en 6 mois, est plus rentable qu'un dispositif dimensionné pour 15 % d'emblée.
Notre système a modélisé plusieurs configurations de dimensionnement. Un dispositif dimensionné dès l'origine pour 15 % d'adoption génère un taux d'utilisation moyen de 34 % de sa capacité sur les 3 premières années, avec un coût par usager élevé. Un dispositif dimensionné pour 8 % avec une capacité d'extension rapide à 22 % en 6 mois génère un taux d'utilisation moyen de 78 % de sa capacité et un coût par usager 2,4 fois inférieur. Le dimensionnement scalable est structurellement plus rentable que le dimensionnement immédiat.
La communication doit préparer les vagues, pas promouvoir l'usage.
Notre système a testé plusieurs stratégies de communication. Une communication continue promouvant l'usage de la mobilité partagée (registre classique) génère peu d'adoption entre les vagues. Une communication centrée sur la préparation aux vagues (registre pédagogique : « quand vous en aurez besoin, voici comment ça fonctionne ») génère une adoption 3,4 fois supérieure au moment des vagues effectives. Le changement de registre transforme l'efficacité du budget communication.
LA MÉTHODE
Comment nous avons construit l'enquête.
Notre système a reconstruit une population synthétique de 2,4 millions d'actifs ruraux de la région concernée, calibrée sur les données publiques INSEE, les enquêtes régionales sur les mobilités et les données propriétaires de l'agence sur les comportements de mobilité observés. La population a été structurée en 11 typologies de rapport à l'auto-solisme rural, croisant l'âge, la contrainte professionnelle, la structure familiale, la distance au centre bourg et le rapport aux dispositifs collectifs.
Notre système a interrogé 3 200 actifs synthétiques sur les 5 configurations de dispositif testées, avec relances dynamiques sur les points de bascule. Les trajectoires d'adoption ont été projetées sur 60 mois, avec modélisation des événements-signaux probables (hausse du carburant, pannes, fermetures de services, arrivée d'opérateurs) et de leur influence sur les vagues d'adoption.
LE DÉPLOIEMENT
Ce qui a été décidé, ce qui s'est passé.
L'agence régionale a retenu la stratégie combinant dimensionnement initial pour 8 % d'adoption avec capacité d'extension rapide à 22 % en 6 mois, communication centrée sur la préparation aux vagues, dispositif de veille sur les événements-signaux permettant d'anticiper l'extension de l'offre, partenariats avec les opérateurs de mobilité privés pour la scalabilité rapide.
À 36 mois du déploiement, deux vagues d'adoption majeures ont été observées : une hausse durable du prix des carburants en année 2 et une fermeture de service local en année 3. Le dispositif a absorbé les deux vagues avec un taux d'utilisation supérieur à 82 % de sa capacité étendue. Le taux d'adoption cumulé à 36 mois est de 24 % (proche du projeté 22 %). Le coût par usager est de 42 % inférieur à celui projeté sur un dispositif dimensionné d'emblée pour 22 %. La méthodologie a été référencée comme modèle par d'autres régions préparant des plans similaires.
- ADOPTION À 5 ANS PROJETÉE
- 12 % → 34 %avec dispositif recommandé
- COÛT D'UN DÉPLOIEMENT MAL-TIMÉ
- +18 M€surinvestissement anticipé évité
- TAUX D'UTILISATION DE LA CAPACITÉ
- 82 %vs 34 % en dimensionnement immédiat
- COÛT PAR USAGER
- −42 %vs dispositif dimensionné 22 %
LES ENSEIGNEMENTS
Deux principes transposables aux politiques de transformation d'usage.
Les politiques de transformation d'usage progressent par vagues déclenchées par des événements-signaux, pas par la communication institutionnelle.
Ce cas a confirmé une dynamique récurrente des transformations d'usage à horizon long : mobilité partagée, transition énergétique résidentielle, adoption du télétravail, changements alimentaires. L'adoption réelle ne suit pas la courbe de la communication institutionnelle mais celle des événements-signaux extérieurs. Ce principe implique de calibrer les dispositifs pour absorber les vagues, avec une capacité d'extension rapide, plutôt que pour promouvoir uniformément l'usage cible.
Le dimensionnement scalable est structurellement plus rentable que le dimensionnement immédiat.
Un dispositif dimensionné pour son objectif final génère du gaspillage de capacité pendant la phase d'apprentissage. Un dispositif dimensionné pour la demande initiale, avec capacité d'extension rapide activable au moment des vagues, optimise le coût par usager et la rentabilité du dispositif. Ce principe vaut pour de nombreuses infrastructures publiques dont l'usage progresse par vagues plutôt que linéairement.
DÉMARRER
Vous préparez une politique de transformation d'usage à horizon long ?
Les politiques de transformation d'usage à horizon long, mobilité partagée, transition énergétique résidentielle, adoption du télétravail, changements alimentaires, transformation des services publics, partagent des mécaniques communes avec ce cas. Progression par vagues plutôt que linéaire, importance des événements-signaux extérieurs, valeur du dimensionnement scalable, changement de registre communication. Chaque politique est singulière, mais les leviers d'analyse sont transposables.
Les agents dynamiques cadrent avec vous les paramètres d'une simulation adaptée à votre situation, en amont de la décision. Du brief initial au premier livrable, comptez 20 à 30 minutes, selon la complexité du cas et l'étendue des populations à modéliser.